Zoom sur les méthodes de réduction de l’empreinte carbone en élevage
Le secteur agricole, deuxième contributeur aux émissions de gaz à effet de serre en France, se trouve sous les projecteurs en raison de sa part significative de méthane et de protoxyde d'azote. Face aux objectifs ambitieux de la Stratégie Nationale Bas Carbone, qui vise une réduction de 46% des émissions d'ici 2050, l'élevage devient une cible cruciale.
Cet article explore les leviers pratiques pour atteindre ces objectifs, allant de la conduite du troupeau à la gestion des pâturages et à l'alimentation, soulignant comment des choix réfléchis peuvent non seulement réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais également améliorer l'efficacité économique des exploitations agricoles. Découvrez comment chaque ajustement peut contribuer à une agriculture plus durable et alignée sur les exigences environnementales actuelles.
Les gaz à effet de serre dans le secteur agricole
Le secteur agricole est le deuxième poste d’émissions de gaz à effet de serre (GES) en France, après le secteur des transports, avec 85 millions de tonnes équivalent dioxyde de carbone (MtCO2eq) émises en 2021, soit 19 % du total des émissions à l’échelle nationale.
Les émissions de GES de l’agriculture ont la particularité d’être majoritairement composées de méthane et de protoxyde d’azote, la part du CO2 n’étant que de 13 %.
L’élevage, avec la fermentation entérique et la gestion des déjections, est la source de 68 % des émissions nationales de méthane (CH4) et il est devenu la cible de nombreuses critiques concernant son empreinte environnementale.
La Stratégie Nationale Bas Carbone, a fixé l’objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050, en précisant les volumes de réduction des émissions pour chaque domaine d’activité.
Objectif de réduction des émissions de GES dans le secteur agricole :
- 46% des émissions d’ici à 2050 par rapport à 2015
(avec une première étape à -18 % entre 2015 et 2030)
soit l’équivalent de 13 millions de tonnes, dont 5Mt portant sur l’élevage
Pour atteindre ces objectifs en élevage, différents leviers peuvent être mis en œuvre.
1er levier : La conduite du troupeau
L’objectif primordial est de réduire les périodes improductives. Ainsi le travail sur :
- la mortalité et la croissance des jeunes,
- la mise en engraissement rapide des réformes
- et l’identification des animaux les moins productifs
peuvent permettre des diminutions significatives des émissions.
La diminution de l’âge au premier vêlage permet également une diminution des émissions en réduisant le nombre de génisses présentes sur l’année dans l’élevage, ce qui diminue le ratio animaux présents / animaux productifs et améliore la productivité par UGB exprimée en kg de viande vive. Par conséquent, les émissions de gaz à effet de serre en élevage bovin sont réduites. De plus, les surfaces libérées permettent d’accroitre la sécurité fourragère de l’exploitation face à l’augmentation des sécheresses printanière et estivale. Le choix de l’âge au premier vêlage doit cependant être réfléchi pour rester cohérent avec la conduite globale de l’exploitation, et sera donc différent d’une structure à l’autre.
La sélection génétique devient également une solution pour limiter les émissions de méthane. Des études mises en place dans le cadre du projet methabreed, basées sur des analyses génétiques, la production laitière, l’ingestion des aliments, et la comparaison avec les spectres moyen infrarouge (MIR) du lait ont permis d’identifier les parties du génôme associées aux émissions de carbone. Les premiers index sur les émissions de méthane entériques des vaches laitières sont désormais disponibles.
2e levier : la gestion des pâturages
La recherche d’un maximum d’autonomie fourragère, qui va de pair avec la rentabilité économique, va être cruciale pour limiter les émissions de GES, par la valorisation des surfaces en herbes notamment.
Les objectifs sont ici d’optimiser la gestion de l’herbe, avec la mise en place de pâturages tournants et la sortie précoce des animaux.
On peut également augmenter l’implantation de prairies multi espèces avec davantage de légumineuses et aménager le parcellaire pour favoriser l’efficacité du pâturage. Le choix des espèces et du stade de pâturage permettent de pâturer une herbe de qualité, qui assure un meilleur niveau protéique de la ration de base et permet une réduction des achats en correcteurs azotés.
Pour les systèmes avec robot de traite, l’introduction de 15 ares de surfaces pâturées au printemps permet de réduire la part d’ensilage de maïs dans la ration et par conséquent les surfaces récoltées.
L’introduction de prairies temporaires va également permettre de gagner en autonomie protéique et de limiter fortement l’utilisation de correcteur azoté. Il est à retenir que l’allongement des prairies temporaires, en limitant leur retournement, diminue ainsi le déstockage de carbone et qu’il a des conséquences positives sur le fonctionnement du sol et le lessivage des nitrates.
3e levier : l'alimentation
Adapter la ration pour qu’elle soit équilibrée et cohérente avec la production peut amener à faire des économies substantielles sur les aliments ou à modifier les concentrés, voire à les augmenter, pour avoir une meilleure réponse au niveau de la production, et ainsi réduire les quantités de GES émises par kg de lait ou de viande vive.
Remplacer les aliments complets par des aliments fermiers permet également de réduire les émissions de gaz à effet de serre indirectes liées au transport des aliments. Si la mise en place est assez simple, ce levier implique toutefois d’investir dans du matériel d’aplatissage/broyage ou de faire appel à un prestataire de service et d’avoir suffisamment de capacités de stockage.
L’achat d’aliments locaux peut être étudié, en passant par exemple d’une VL40 à un mélange tourteau de colza et drèches de brasserie quand elles sont disponibles, ou remplacer le tourteau de soja par du colza.
Les leviers présentés ici doivent avant tout correspondre au fonctionnement de l’exploitation pour être mobilisables techniquement sans désorganiser l’exploitation, tout en maintenant l’équilibre économique.
En tant qu’agriculteur, vous vous questionnez peut-être sur le bilan carbone de votre exploitation ? Le service environnement Cefrance BFC est à votre disposition si vous souhaitez plus de renseignements : conseil@bfc.cerfrance.fr